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Festival européen du film d’éducation

Festival européen du film d'éducation

Retour sensible

Ce retour sensible du 12e festival européen du film d’éducation d’Évreux vise à partager une expérience de festivalière et à recommander par l’occasion quelques films coups de cœur. Peut-être pourra-t-il élucider une question toujours en suspens : "Mais au fait, c’est quoi un film d’éducation ?"

Jour 1 : Train, buffet et Transylvanie

Dans le TER Paris-Évreux, A. et moi gribouillons nos catalogues du festival. Nous essayons de nous répartir la programmation, afin de visionner, en trois jours, un maximum de films. Première édition du festival pour A., seconde pour moi, je sais qu’il va falloir des choix stratégiques parmi les soixante films proposés… J’attends certaines projections avec impatience mais j’ai aussi envie de me laisser surprendre par la diversité de la programmation, quitte à affronter quelques déceptions.

19h : Nous arrivons au cinéma accueillant le festival. Le temps d’attraper un toast au buffet, nous filons dans la salle de projection pour la soirée d’ouverture.
Dans les faits, le festival a déjà ouvert ses portes le matin-même, avec des projections pour les collégiens du territoire. Coup de chance, j’ai déjà vu deux des quatre films projetés. Les 6e-5e visionnent Ma Vie de Courgette, réalisé par Claude Barras et scénarisé par Céline Sciamma (Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles), un long-métrage d’animation coloré et mélancolique. A travers les histoires d’une douzaine d’enfants dans un orphelinat, ce film d’une grande modestie parle avec justesse de l’enfance et de la violence à laquelle elle est parfois confrontée. Comment alors exprimer ses blessures, se construire avec, puiser sa force dans le collectif ? A voir si ce n’est pas déjà fait !

Ma Vie de Courgette – Claude Barras

Pendant ce temps, les 4e-3e découvrent Banana, une fiction d’Andra Jublin (Italie) pêchue et pleine d’émotions qui parvient à poser un regard original sur les tourments amoureux et scolaires d’un adolescent. En effet, d’une brimade à l’autre, notre héros ne perd pas espoir et reste fermement convaincu que ça vaut la peine d’aller de l’avant et d’y croire, encore et toujours. Seul Banana est à la recherche du bonheur, à contre-courant des autres enfants de son âge qui semblent déjà lassés de la vie, qui nous questionne sur une vision adolescente du monde déjà remplie de tristesse et de désillusion.

J’ai quand même manqué Jonas et la mer, et La mule têtue et la télécommande… Mais le film invité de la soirée d’ouverture – en avant-première - Baccalauréat (Prix de la meilleure réalisation à Cannes 2016) me réserve une excellente surprise. L’intrigue se déroule en Transylvanie, où Romeo, médecin réputé et prêt à tout pour que sa fille puisse partir étudier en Angleterre et quitter un pays qu’il juge sans opportunité. Mais pour cela, il est prêt à remettre en cause tous les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions. Un film encore en salle, qui vaut la peine d’être découvert.

Jour 2 : Méthode Snoezelen, reine popotin et psychothérapie institutionnelle

9h30 : C’est parti pour une journée intégrale de visionnage ! On s’installe dans nos fauteuils, pour une projection de quatre films en compétition. Des quatre, c’est Snoezelen, un monde en quête de sens qui m’interroge sur un sujet que je connaissais peu et m’émeut le plus. Ce documentaire belge traite d’une méthode médicale qui introduit de la douceur et prend en compte les cinq sens des patients. Les images, tournées dans des instituts médicaux, nous montrent des scènes où médecins et infirmiers nouent des relations d’intimité avec des personnes en souffrance, atteintes de handicap lourds ou de démence, en privilégiant des échanges basés sur la sensibilité. Lors du débat avec le réalisateur, je pense alors que ces méthodes gagnent à être connues, et ce film à être diffusé largement.

Je retrouve A. qui sort contente de sa propre projection. Je partage avec elle l’enthousiasme pour Persisting Dreams, un court documentaire qui traite avec beaucoup d’humanité de la question de l’accueil des migrants, à travers le regard d’un pêcheur de l’île de Lampedusa. Nous tombons également d’accord sur Le bleu blanc rouge de mes cheveux, un court-métrage de fiction qui traite avec poigne de l’acquisition de la nationalité française par les jeunes "issus de l’immigration". A travers l’histoire d’une adolescente d’origine camerounaise, on saisit le rapport intime qu’elle entretien avec sa double culture, mais également du regard de la famille et du regard de la société. La question se pose façon implicite : c’est quoi "être français" ?

13h : Le hall du cinéma s’est bien rempli. Le mercredi après-midi, les Rencontres "Jeunes en Images" accueillent des groupes d’adolescents venus avec les MJC ou les centres sociaux. Certains s’essaient aux ateliers web-radio ou aux casques de réalité virtuelle pendant que des équipes de jeunes réalisateurs amateurs sont en salles, en train de présenter les films réalisés cette année sur le thème "l’infini à l’au-delà". Le jury jeune a accordé cette année son prix à Parents Normal Activity.

14h : Alors que j’hésite encore sur mon programme de l’après-midi, me voilà réquisitionnée pour aider à animer une séance pour les centres de loisirs du territoire. Avec 300 enfants pour cette séance dédiée aux 5-6 ans, on annonce salle comble ! La programmation jeune public me fait retomber en enfance : on enchaîne 6 court-métrages d’animation, qui nous font voyager dans des univers aux graphismes décalés et posent des questions essentielles : la complicité parents-enfants (The Tie, La reine popotin), l’entraide et le soin qu’on porte aux autres (La Cage, Le Renard Minuscule) et à l’environnement (Miel Bleu)... La salle se rallume, ma mission commence : faire tourner le micro pour que les enfants posent des questions et réagissent à la séance… Pas facile, car tous ont leur mot à dire !

Le renard minuscule - Aline Quertain et Sylwia Szkiladz

17h : Après cette séance bien animée, je rejoins A. pour visionner un film invité : Le sous-bois des insensés – Une traversée avec Jean Oury témoignage précieux d’un des acteurs majeurs de la psychiatrie du XXe siècle. Un plan fixe sur Jean Oury derrière son bureau de la clinique La Borde, le laisse disserter sur la psychothérapie institutionnelle pendant plus d’une heure. Le personnage est fascinant, mais la fatigue pointe, il me semble entendre quelques ronflements au fond de la salle…

21h : Fin du marathon de la journée ! Nous visionnons en avant-première le long-métrage de fiction Diamond Island, qui a reçu à la fin du festival le Prix du Jury des Régions. Bora, jeune cambodgien, quitte son village pour aller travailler sur les chantiers de Diamond Island, projet de paradis ultra-moderne pour les riches et symbole du Cambodge du futur. Il s’y confronte à ses choix et ses doutes sur le pouvoir de l’argent, de l’amitié et de l’amour. A voir en salle en ce moment !

Jeudi 2 décembre : Web-documentaire, école alternative et ghetto polonais

9h : Rendez-vous pour la séance des lycéens, traditionnellement dédiée au transmédia et aux nouvelles écritures. Cette année, au programme : Cité orientée, un web-documentaire qui propose une approche originale sur l’orientation professionnelle. Son concepteur a choisi de présenter plus d’une trentaine de métier différents, en filmant les aspirations d’adolescents et leurs rencontres avec des professionnelles du milieu. Son message aux lycéens est plutôt optimiste : quand on a un rêve en tête et qu’on s’y accroche, rien n’est impossible !

14h30 : Je sors un peu mitigée d’Il était six fois, un documentaire québécois sur une école alternative que j’attendais avec impatience. L’idée m’avait pourtant conquise : une maman qui a inscrit son fils dans une école primaire alternative, le filme lui et ses cinq camarades de classe, jusqu’au collège, avec une question en tête : comment voir qu’un enfant acquiert des valeurs ? Comment se transmettent la coopération, l’émancipation, l’autonomie, ? Et surtout, comment ça se filme ? Au travers de sa caméra, la réalisatrice est donc finalement dans la recherche et le questionnement durant tout le film, ce qui me déstabilise un peu… Mais j’échange à la sortie avec des spectateurs très emballés, ce qui nous donne matière à échanger !

Je retrouve A. qui sort d’une séance parallèle de films en compétition. Je partage son enthousiasme pour D’homme à homme, une fiction franche et directe sur la question de la famille recomposée et pour La Bergerie des Malassis rumine la ville !, épisode d’une web-série documentaire qui a vu le jour grâce à des financements collaboratifs où l’on découvre un berger qui fait pâturer ses chèvres dans la banlieue parisienne, pour la plus grande joie des habitants et des enfants…

17h : Je rentre pleine d’attente dans la salle pour Korczak, film du grand réalisateur polonais Andrzej Wadja, qui nous a quitté cette année. Ce film portait de Janusz Kozczak, pédagogue et engagé en faveur des droits de l’enfant est plus sombre que prévu, puisqu’il retrace les dernières années de sa vie, qu’il passe durant la Seconde Guerre Mondiale dans un ghetto juif en Pologne, à la tête d’un orphelinat d’une centaine d’enfants. Dans un état à peu près similaire au visionnage de La Liste de Schindler, tout le monde sort silencieux et se remet de ses émotions…

20h45 : On enchaîne sur la projection du soir A family affair. Le documentaire est introduit par un court-métrage en compétition, Alike, qui sera primé par le Jury Jeune. Ce court-métrage espagnol d’animation 3D (qui a pour lui d’avoir été réalisé sur Blender, un logiciel libre) nous rappelle avec une grande sensibilité une idée portée simple : le besoin d’expression et de créativité est essentiel aux enfants… comme aux parents.

Alike - Daniel Martínez Lara & Rafa Cano

Jour 4 : Enfants soldats, jeunes des banlieues et retour

9h30 : Je me lève un peu tard pour la projection scolaire... Peu importe, j’en ai déjà vu une bonne partie en avance ! Au programme pour les C2-CM2 : une adaptation tout en poésie du conte populaire La Soupe au Caillou, le décapant Tigres à la queue leu-leu du non moins loufoque Benoît Chieux, mais aussi Pro Mamu (Mention Spéciale du Grand Jury), l’histoire douce-amère d’une courageuse mère africaine prête à tous les sacrifices pour ses enfants, avec un travail graphique sur le noir et blanc et les lignes protéiformes. Enfin, un de mes coups de cœur de cette édition : Espace, un documentaire de 15 minutes où une enfant de 6 ans nous explique son point de vue sur l’inégalité filles-garçons à grand renfort d’un plan tracé en direct de la répartition des espaces de jeux dans la cour de récréation.

10h45 : Dernière projection avant le départ ! On s’installe pour deux films en compétition. Le documentaire Congo Paradiso, nous raconte l’intervention d’une troupe de théâtre auprès d’enfants soldats en République Démocratie du Congo. Les enfants jouent des scènes de guerre, de mort, de viol… et ils rient ! Un beau support de réflexion sur l’enjeu des activités d’expression artistique.

Pour finir : Vers la tendresse. J’attendais avec impatience le dernier documentaire d’Alice Diop (déjà accueillie au Festival Européen du Film d’Éducation avec La Mort de Danton), qui croise dans ces documentaires un regard sociologique et un traitement cinématographique de qualité. Ici, à travers un biais artistique et humain, elle combat les idées reçues en explorant la question des représentations sexuelles et amoureuses dans les banlieues, en interrogeant le regard de quatre jeunes hommes sur les femmes. Ce documentaire a été salué par une Mention Spéciale du Jury Jeune.

Vers la tendresse – Alice Diop

Déjà l’heure de filer dans le train ! Dommage… je manque une séance de court-métrage scandinaves l’après-midi, le rafraichissant Swagger le soir-même et le projet Mots d’ados d’Ivinn Anneix le lendemain… J’aurais également revu avec plaisir Tout en haut du monde, film d’animation franco-russe primé par des lycéens dans le cadre du Prix Jean Renoir… Je laisse ma frustration de côté, en pensant à tous les projets à mettre en place autour des films visionnés avant l’édition de l’an prochain !

Flora Perez
Militante des CEMÉA Rhône-Alpes

Vous pouvez retrouver ici l’ensemble de la Programmation 2016.

Vous pouvez également télécharger ci-dessous les Dossiers d’accompagnement des séances scolaires par niveau. Il sont en rapport avec les projections jeunesses de cette 12ème édition du festival.

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 Source : http://www.cemearhonealpes.org - Rédigé le : 13 janvier 2017