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"Ils sont comme des rêves"

"Ils sont comme des rêves"

Soirée ciné-débat sur les migrations

La soirée ciné-débat « Migrations : à la rencontre de l’autre » a réuni plus de soixante spectateurs à EVE, jeudi 6 avril 2017. La projection de quatre court-métrages issus du Festival Européen du Film d’Éducation a apporté des regards croisés sur le thème des migrations. Deux documentaires retraçant deux parcours de vie, en miroir : celui de Toni, pêcheur sur l’île de Lampedusa témoin de l’arrivée d’embarcations de migrants (Persisting Dreams), et celui de Tanans, réfugié ougandais de huit ans, découvrant sa nouvelle vie au Pays-Bas (Nieuw).

Cette soirée était animée par Nahima Laieb, Responsable Nationale du secteur Travail Social et Santé Mentale des CEMÉA jusqu’en 2016.

Les spectateurs étaient invités à écrire leurs ressentis suite à la projection : ces retours sensibles ont nourri l’échange qui a suivi. Qu’est-ce que ces images évoquent chez chaque spectateur ? A quel imaginaire, à quelle expérience, à quels questionnements font-elles écho ? Voici quelques éléments qui ont émergé dans le groupe de spectateurs :

La vision de la mer, horizon que l’on contemple depuis l’île de Lampedusa, dans Persisting Dreams. Un spectateur a partagé son émotion durant l’échange : cette confrontation avec l’image de la mer lui a permis, pour la première fois, de se mettre dans la peau d’une personne forcée à l’exil, prête à prendre tous les risques pour tenter de survivre. L’image a ici permis un exercice de l’empathie. Entendue qui se développe progressivement à travers la mise en pratique de diverses aptitudes, qui est une compétence fondamentale du dialogue interculturel.

La valeur de l’accueil a été abordée à travers le témoignage de Toni de l’aide qu’il apporte aux réfugiés lorsqu’ils débarquent à Lampedusa. Deux bénévoles de SOS Méditerranée ont partagé leur expérience du sauvetage en mer. Elles ont insisté, sur la primauté, non seulement des secours et de l’aide de première nécessité, mais surtout du contact humain qui se noue avec les réfugiés à leur arrivée. L’accueil réservé apparaît ainsi comme essentiel dans l’expérience d’arrivée des migrants sur un nouveau territoire.

La part de « l’autre » dans la construction de notre identité : dans Nieuw, on observe la rencontre entre Tanans, un enfant ougandais, réfugié au Pays-Bas, et sa nouvelle camarade de classe. Leurs moments d’échange et de jeux font désormais partie intégrante de leur histoire et participent à la construction de leur individualité. Ils interrogent également la part de « l’autre » dans le processus de construction de l’identité individuelle. En effet, nous ne cessons pas dans toute occasion et expérience d’être en négociation, en franchissement de frontière avec l’autre. Nous sommes dans des rapports continuels de constitution-construction réciproque de nous-même aux autres et des autres à nous même, qui font constamment bouger nos frontières.

La difficulté de l’immersion dans une nouvelle culture a été abordée à travers le récit de l’arrivée de Tanans au Pays. La découverte d’une nouvelle culture apparaît comme un effort permanent de compréhension et d’adaptation à un environnement inconnu. Le nouvel arrivant dans une culture est en décalage sensoriel et affectif, il doit comprendre et acquérir tous les codes sociaux liés à cette culture. Cela a permis aux CEMÉA de revenir sur l’importance des projets de mobilité à l’étranger ou de rencontre interculturelle, afin que chacun puisse faire expérience de ce décalage et prendre conscience que lui aussi peut-être « étranger » dans le regard de l’autre.

« Ils sont comme des rêves » : Cette citation du pêcheur de Lampedusa, évoquant le passage transitoire des migrants sur l’île, a marqué les esprits des spectateurs. Elle semble nous indiquer le manque de cadres conceptuels pour comprendre et agir sur la situation actuelle. Nous manquons de démarches de compréhension de l’autre, des autres, qui permettrait de lutter contre les représentations tenaces et l’imaginaire collectif qui entourent les migrations. « Ils sont comme des rêves, et pourtant ils sont bien réels » conclut Toni à la fin du documentaire ; de même, l’échange s’est fini sur l’expression du besoin de leviers d’action qui favorisent la connaissance et l’enrichissement mutuels, dans l’objectif de penser autrement, actuellement, ce qui fait la fraternité, le sens commun, le partage.

Les CEMÉA peuvent mettre en place des projections dans votre structure, ces évènements sont construits sur mesure, pour en savoir plus sur le Festival et ses échos, contactez Alessandra Santoianni au 04 76 26 85 42.

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 Source : http://www.cemearhonealpes.org - Rédigé le : 12 juillet 2017