Résister-mobiliser-produire

Résister-mobiliser-produire

(Jacques Ladsous, VST n° 109)

J’avais eu l’intention de faire mon bloc-notes autour du congrès des CEMÉA. Mais le temps passe vite, et le congrès est maintenant de l’histoire ancienne. En fait, pas si ancienne que cela, car le travail et la réflexion fournis vont devoir trouver leur place dans les mois et les années à suivre. Déjà, une réunion d’octobre, qui a regroupé une soixantaine de personnes autour des politiques sociales, a fourni un échange entre tous les acteurs des CEMÉA dans ce champ de travail, et si nous y avons évoqué des actions spécifiques, nous avons aussi envisagé tous les partenariats possibles autour de propositions qui puissent faire évoluer la politique sociale dans un sens positif et faire obstacle aux régressions que nous constatons chaque fois un peu plus dans la mise en œuvre de cette politique. Y a-t-il d’ailleurs aujourd’hui une politique sociale digne de ce nom ? L’évolution des textes de loi, le discours musclé de Grenoble, la brutalité envers les gens du voyage – et tant d’autres signes – nous en font douter. Économie et sécurité sont devenues les points forts de la politique actuelle. Et Roseline Bachelot, qui annonçait fièrement les nouvelles mesures par rapport au sida, s’est bien abstenue de dire que, parallèlement à ces mesures, l’exclusion des étrangers de ce mode de soin était aussi une priorité du gouvernement. Nous allons bien voir ce qu’elle va proposer à la tête de la cohésion sociale. Et pourtant, la dernière rencontre des femmes-relais, la plupart d’origine étrangère, pour le 20e anniversaire de leur création, a pu mettre en évidence le rôle éminemment positif de ces femmes dans le domaine de la santé, comme dans celui de l’éducation. Leur demande de formation, leur besoin de reconnaissance ne devraient-ils pas être pris en compte ? Qui donc autre que les CEMÉA serait capable d’une telle politique promotionnelle, fille majeure de l’éducation populaire ? Les CEMÉA n’ont-ils pas toujours défendu une promotion permettant, à partir du désir d’agir, à tous ceux que le souhaitent de progresser dans la connaissance, la compétence et la qualification ? Notre présence au cours de la Journée nationale des formations sociales le 26 octobre indiquait bien que nous ne serions pas absents du débat. Nous n’oublions pas, dans ce que nous faisons, les fondements de l’éducation nouvelle, et même si nous devons faire avec les contraintes qui nous sont imposées, nous inventerons les détours et les contours afin de continuer à délivrer des signaux forts. Nous avons confiance dans la capacité des personnes à agir, et sur le terrain d’avoir une pratique qui tienne compte de la diversité des situations et des savoirs partagés.

Le désir que nous avons d’aider chacun à accéder prioritairement aux connaissances qui permettent une adaptation permanente justifie notre proposition d’une formation continue indispensable. L’existence d’une « direction de la formation tout au long de la vie » est un signe possible, à condition que les moyens mis à disposition répondent nettement aux demandes qui seront faites. Cette annonce ministérielle sera-t-elle une annonce de plus, et sans réel lendemain ? Créer une direction est certainement plus facile que de lui donner des missions et des moyens d’action. Cette Journée nationale de la formation a permis d’accéder à une enquête faite auprès de jeunes éducateurs diplômés sur ce qu’ils pensent de la formation, enquête intéressante, mais qui serait d’autant plus intéressante si elle était l’occasion de l’ouverture d’un débat entre eux et les formateurs, entre eux et les services de la Cohésion sociale. Parce qu’un des partenaires de cette journée était l’Association des régions de France (ARF), ne peut-on obtenir des régions que, çà et là, ces débats puissent avoir lieu ? Les « grandes messes » nationales sont ce qu’elles sont : beaucoup d’apparat pour de maigres résultats. Les régions sont sûrement capables de débats d’une autre nature, et puisque l’ARF nous a fait confiance à plusieurs reprises, cette suggestion pourrait faire partie de notre action. Car il y avait beaucoup de jeunes militants à notre congrès d’Aix-en-Provence, et ils ont besoin de voir nos intentions transformées en actes. Nous aussi d’ailleurs, quoique nous soyons plus patients, et tolérants. Mais l’intérêt d’un rassemblement intergénérationnel, comme l’a été le nôtre, est justement de faire avancer les choses, et de faire paraître notre sage vigilance.

JACQUES LADSOUS, Vice-Président des CEMÉA,
Secrétaire Général du Musée social - Militant des CEMÉA Ile-de-France

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 Source : http://www.cemearhonealpes.org - Rédigé le : 9 mars 2011